Préparation à la Sortie de Détention : Accompagner le retour à la vie civile pour éviter les ruptures
Le retour à la liberté est une étape cruciale qui nécessite anticipation et accompagnement pour être pleinement réussie. Au sein de la CAO, notre pôle dédié à la préparation à la sortie de détention agit comme une passerelle indispensable entre le milieu carcéral et l’insertion sociale.
Notre objectif est double : garantir l’accès à un logement digne et sécurisé dès la levée d’écrou, et agir concrètement pour prévenir la récidive.
Une présence experte au cœur des établissements
Pour couvrir l’ensemble du Sud du département, la CAO s’appuie sur une équipe de 4 référentes spécialisées (une par secteur). Ces travailleuses sociales interviennent de manière régulière (entre 4 et 8 fois par mois) directement au sein de plusieurs établissements pénitentiaires :
- La Maison d’Arrêt de Douai
- La Maison d’Arrêt de Valenciennes
- Le Centre de Détention de Maubeuge (où les peines plus longues impliquent un accompagnement d’insertion plus complexe)
- Le secteur de Cambrai : Bien que ce territoire ne dispose pas de prison, la référente locale prend le relais pour coordonner le retour des personnes souhaitant se réinstaller dans leur secteur d’origine.
Un accompagnement renforcé et individualisé
En 2025, nos équipes ont mené 396 entretiens approfondis auprès de 293 personnes incarcérées. Le nombre d’entretiens par personne est en augmentation, traduisant notre volonté d’assurer un suivi plus régulier et de proximité à l’approche de la libération.
Au quotidien, la mission des référentes s’articule autour de trois axes :
- Le diagnostic social approfondi : Évaluer la situation globale de la personne avant sa sortie.
- L’information et l’orientation : Présenter les dispositifs d’hébergement d’urgence ou de logement adapté sur le territoire ou hors territoire pour ceux qui souhaitent changer de région (21 demandes hors secteur en 2025).
- L’affectation de places : Proposer des solutions concrètes d’hébergement en tenant compte des préconisations éducatives et des places disponibles.
Focus Jeunesse & Mixité : Les jeunes de moins de 30 ans représentent 24 % du public accompagné (moyenne d’âge globale de 38 ans). Par ailleurs, nos territoires n’hébergeant pas de quartiers pour femmes, nous travaillons en réseau avec les prisons de Bapaume et Sequedin pour organiser spécifiquement le retour des femmes originaires de notre secteur.
La force du travail en réseau
Pour offrir un accompagnement optimal et global (médical, juridique et social), nos équipes s’appuient sur des partenaires historiques solides :
- Le SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation) : Un partenariat fluide, historique et de grande qualité sur l’ensemble du Sud du département.
- Les CSAPA : Pour co-construire des parcours de soins réfléchis et adaptés aux problématiques d’addictions.
- Les Commissions Pluridisciplinaires Uniques (CPU) : À Valenciennes, la participation de notre référente aux CPU apporte une réelle plus-value, permettant d’affiner la connaissance des dossiers et d’expliquer les réalités du terrain au personnel pénitentiaire.
Les défis du terrain : Lever les freins à l’insertion
Malgré un engagement quotidien, l’accès à un logement stable à la sortie de prison reste confronté à d’importants défis structurels :
- La saturation des structures : Le manque de turn-over dans le parc d’hébergement et la rareté des logements sociaux classiques freinent la fluidité des sorties.
- La complexité des calendriers judiciaires : Les nouvelles modalités de remises de peines et de libérations sous contrainte rendent l’anticipation et la réservation de places en amont de la sortie de plus en plus complexes.
- La gestion des sorties de week-end : Pour pallier l’absence d’admissions dans les structures le samedi, des alternatives innovantes sont déployées (comme à Maubeuge, où une convention avec le SPIP permet de financer une nuitée d’hôtel en attente de l’accueil le lundi).
Notre ambition : Lutter contre la stigmatisation
L’effet stigmatisant du statut de “sortant de détention” complique grandement les démarches d’orientation, en particulier pour les personnes soumises à des obligations ou interdictions judiciaires spécifiques.
Pour la CAO, notre principal levier d’action est de déconstruire les préjugés en sensibilisant les structures d’hébergement et les instances publiques. Nous militons également pour la généralisation de la présence des travailleurs sociaux en CPU et le développement de places d’hébergement dédiées, conditions indispensables pour offrir à chacun une véritable chance de reconstruction.