L’Action Familles : mettre à l’abri, protéger les enfants, ouvrir un chemin vers le logement
Lorsqu’une famille perd son logement, c’est tout un équilibre qui vacille : la scolarité des enfants, le suivi de santé, les repères du quotidien. La CAO 59 Sud déploie une réponse graduée pour les ménages avec enfants sur les quatre arrondissements du Sud du département : une mise à l’abri d’extrême urgence au Passage, un recours transitoire à l’hôtel dans le cadre du BOP 177, un accompagnement dédié aux familles sans droit ni titre et un dispositif spécifique pour les familles demandeuses d’asile.
L’objectif est toujours le même : éviter la nuit dehors, puis sortir le plus vite possible de l’urgence.
Le Passage : l’alternative à l’hôtel pour les familles en détresse
Situé à Quarouble et cogéré avec l’association Temps de Vie, Le Passage est un dispositif d’hébergement d’extrême urgence de 32 places, pensé comme une alternative aux nuitées hôtelières, dont le coût est élevé et l’accompagnement inexistant.
Lorsqu’une famille appelle le 115, une évaluation sociale est systématiquement réalisée. Les solutions du réseau familial ou amical sont d’abord recherchées ; en leur absence, la famille est orientée au Passage. Même lorsque l’accueil doit être immédiat, l’écoutant du 115 propose d’emblée un rendez-vous avec un travailleur social afin de préparer la sortie vers une solution plus stable, notamment en CHRS.
En 2025, Le Passage a accueilli 197 personnes, soit 58 familles réparties sur 58 séjours : 84 adultes (dont 29 femmes, parmi lesquelles 4 enceintes) et 113 enfants, dont 30 âgés de moins de trois ans.
Au quotidien, l’accompagnement dépasse largement l’hébergement :
- Une présence éducative quasi quotidienne assurée conjointement par les équipes de Temps de Vie et du 115, complétée par des rondes de sécurité le week-end.
- L’ouverture des droits et l’accès aux services : orientation vers les référents des Maisons Nord Solidarité, la PMI, la scolarité et les acteurs de santé.
- Un soutien alimentaire hebdomadaire grâce aux dons récupérés chaque jeudi auprès de MIDI PARTAGE, valorisés à travers un atelier cuisine qui limite le gaspillage et crée du lien entre les familles.
- Des temps festifs et collectifs (chasse aux œufs, goûter de Noël avec le soutien du Rotary Club) qui redonnent aux enfants une part d’insouciance.
En 2025, la durée moyenne de séjour atteint 57 jours, soit 12 jours de plus qu’en 2024. Cet allongement est le reflet direct des tensions sur l’accès au logement et de la difficulté croissante à orienter les familles avec de très jeunes enfants vers les centres maternels et parentaux.
Les familles à l’hôtel (BOP 177) : une solution nécessaire mais toujours transitoire
Quand les structures classiques sont saturées ou inadaptées, l’hôtel reste le seul moyen d’éviter la rue à une famille. Mobilisé dans le cadre du programme BOP 177, ce mode d’hébergement concerne en priorité les ménages avec enfants sur les territoires de Douai, Cambrai, Maubeuge et Valenciennes.
Il ne s’agit jamais d’une réponse satisfaisante sur la durée : espace limité, isolement, absence d’accompagnement structuré, difficulté à cuisiner ou à faire les devoirs. C’est pourquoi chaque prise en charge s’accompagne d’un travail d’orientation rapide vers une solution pérenne.
En 2025, ce sont 435 personnes, soit 180 ménages, qui ont été hébergées à l’hôtel sur les quatre arrondissements, dont 196 enfants. Le Valenciennois concentre à lui seul l’essentiel de l’activité, avec 290 personnes hébergées et près de 2 500 nuitées réalisées. Les motifs d’appel dominants confirment ce que nous observons partout ailleurs : l’absence totale de domicile, la décohabitation et les violences conjugales, qui représentent à elles seules une part majeure des mises à l’abri familiales.
Les familles sans droit ni titre : une liste d’attente sous tension
Au 31 décembre 2025, la liste d’attente unique comptait 41 familles en attente d’une place d’hébergement d’urgence, soit 158 personnes : 65 adultes et 93 enfants. La demande la plus ancienne remonte à 2022.
Parmi elles, 24 familles ont été déboutées de leur demande d’asile. Faute de solution, ces ménages se maintiennent souvent dans l’hébergement dédié vers lequel l’OFII les avait orientés, ce qui ralentit mécaniquement les orientations des familles encore en cours de procédure, notamment celles hébergées à l’hôtel.
La baisse apparente du nombre de familles en liste d’attente entre 2024 et 2025 ne traduit pas une amélioration : les demandes sont retirées de la liste après trois mois sans contact avec le SIAO, alors que la sollicitation, elle, reste tout aussi soutenue.
Les familles demandeuses d’asile : des parcours qui s’allongent
Le dispositif d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile, d’une capacité de 18 places mobilisées auprès de deux partenaires hôteliers, a accompagné 13 ménages et 36 personnes en 2025, dont 20 mineurs. Les admissions comme les sorties sont pilotées par l’OFII, en lien avec la SPADA COALLIA.
Si le nombre de ménages accueillis diminue, la durée moyenne de séjour grimpe à 240 nuits (contre 203 en 2024) : trois familles sont même restées plus de 400 nuits. Cet allongement s’explique par la faible fluidité des orientations vers le dispositif national d’accueil et par la forte proportion de ménages relevant de la procédure Dublin, aux délais administratifs particulièrement longs.
L’accompagnement s’appuie sur un maillage partenarial solide : suivi santé avec l’Espace Baudelaire (PASS du Centre Hospitalier de Valenciennes) et l’équipe mobile Rimbaud, soutien alimentaire via Midi Partage et les Restos du Cœur, accompagnement petite enfance avec SOS Bébé, et aide à la mobilité grâce à la convention SNCF.
Les enjeux que nous portons
- Fluidifier les sorties d’hébergement. L’allongement des séjours, au Passage comme à l’hôtel, découle avant tout de la saturation du parc social et du manque de logements de grande typologie.
- Mieux accueillir les tout-petits. L’augmentation des familles avec enfants de moins de trois ans se heurte aux refus et aux délais d’attente des centres maternels et parentaux : un chantier prioritaire avec nos partenaires institutionnels.
- Protéger les femmes qui fuient les violences. Beaucoup arrivent sans ressources ni accès à leurs comptes bancaires : au Passage, 28 % des familles accueillies sont sans aucune ressource.
- Renforcer la continuité de l’accompagnement social. En 2025, 47 % des personnes accueillies au Passage ne bénéficiaient d’aucun accompagnement médico-social à leur arrivée, ce qui appelle une coordination accrue avec les services sociaux de territoire.
Malgré ces tensions, l’année 2025 reste positive au Passage : les familles y ont exprimé un fort sentiment de sécurité, la dynamique collective a été marquée par l’entraide, et la majorité des ménages a pu être orientée vers une solution adaptée — souvent vers le logement social ou privé après un passage en structure d’insertion.